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« Les peaux rouges », le retour du antihéros version XXIe siècle


Un premier roman, écrit par un illustre inconnu, sur un thème lourd et troublant, tous les lecteurs d’ « En attendant Bojangles », d’Olivier Bourdeaut, savent que voilà là l’occasion de tomber sur une pépite littéraire. Dans un autre registre, « Les peaux rouges » est le résultat d’un test presque scientifique qui mélange un peuple à la peau rouge, une société hystérique et un immonde raciste triste de banalité. Découverte.

«Fais pas chier sale rougeaude.» Voilà la phrase qui va faire basculer la vie d’Amédée Gourd, personnage principal et narrateur du premier roman d’Emmanuel Brault. Amédée Gourd est cariste dans un entrepôt de vins. Il vit chez sa mémé. Possède peu d’amis. Ni heureux, ni malheureux de sa médiocrité. Mais surtout, Amédée est raciste. Il voue une haine viscérale pour les peaux rouges. Pas ceux d’Amérique du Sud, non, ceux qui ont la peau rouge.



Car Emmanuel Brault a inventé un antihéros, moins généreux que le Don Quichotte de Cervantes, moins réfléchi que le Lorenzaccio de Musset et moins léger que le Gaston Lagaffe de Franquin. Il a aussi imaginé une population à la peau rouge et une société « hystériquement anti-raciste », selon ses dires. Une sorte d’expérience dérangeante qui pourtant suscite encore et toujours curiosité, malsaine peut-être.

Publié pour la rentrée littéraire, « Les peaux rouges » était alors notre favori pour les prix littéraires à venir. Aussi perspicaces que lors du pronostic de la finale de l’Euro 2016, nous avons perdu. Éric Vuillard remportait le Goncourt avec « L'ordre du jour », Olivier Guez décrochait le Renaudot avec « La disparition de Josef Mengele », tandis que Philippe Jaenada glanait, avec mérite, le Fémina avec « ;La serpe ». Un grand cru paritaire, en somme.



Pourtant, même si « Les peaux rouges » ne parle ni de nazisme, ni de meurtres glauques dans un château en Dordogne, il dérange tout autant que ces lauréats. Et tout réside dans le talent d’Emmanuel Brault à créer un vrai antihéros. Banal, méchant, décevant mais aussi tendre, dépassé et décalé, Amédée Gourd est le héros non conventionnel qu’on aime détester mais aussi prendre en pitié, devenu rare dans la littérature et pourtant courant dans la vraie vie.



Une fable kafkaïenne bouffonne



«Aujourd’hui je peux pas le dire alors je l’écris. Un jour, on aura plus le droit de l’écrire non plus. […] Alors tant que je peux j’écris au nom des racistes. C’est des gens comme tout le monde avec des yeux et des jambes. Ils peuvent pas piffrer les rouges, il y en a ils aiment pas les araignées, nous c’est les rouges, c’est pas plus compliqué que ça. On les trouve moches, ils salissent les rues et ils font chier, les araignées elles ferment leur gueule au moins, faut voir au coin de la rue d’à côté, tous les soirs ils sont cinq ou six sur le banc à l’entrée du square, ils boivent des bières et ils fument, et on est obligés de changer de trottoir parce qu’ils font peur, merde, on a peur chez nous, c’est quoi ce bordel, […]»



Si l’auteur se défend d’avoir monté de toute pièce ce personnage, ses idées sombres et dramatiques, il indique aussi avoir créer une société imaginaire. Et celle-ci, plutôt que de frapper à grands coups d’éducation pour calmer l’ignorance incitant la peur, décide de soigner Amédée de ce qu’elle considère comme une maladie : le racisme.



Après un premier chapitre violent, grinçant et où le personnage subi des péripéties dignes d’un personnage kafkaïen, la suite ressemble plus à une fable. Amédée sera emprisonné, puis libéré. Aura-t-il évolué ? Ou la société tartuffe l’aura-t-il broyé ?



« Quand on rit, on s’éloigne et quand on s’éloigne, on pense », affirme l’auteur. Dans son roman qu’il décrit comme « bouffon », Emmanuel Brault cumule légèreté de l’acte de lecture et complexité d’une société malheureusement toujours d’actualité.



Questionner. N’est-ce pas là le but ultime de tout art ?



Les Chroniques de Bresse présentent : L’Ain 1910-1925 de Rémi Riche



On ne présente plus Rémi Riche, président-fondateur des "Chroniques de Bresse". Par contre, on se rue volontiers sur ses publications dès leur sortie. C’est d’ailleurs une sage précaution car elles sont parfois rapidement épuisées.



Pour son dernier ouvrage, Rémi Riche a pu compulser les milliers de documents du fonds des Archives de l’Ain pour répondre à la question : "comment la guerre de 14-18 a-t-elle été vécue dans le département ?"

À partir de faits sélectionnés et vérifiés, il se fait passeur de mémoire et replace le lecteur dans le contexte local de l’époque. "Travailler, Soutenir, Espérer", c’est le sous-titre de l’ouvrage, c’était le leitmotiv de ceux qui n’étaient pas au front.



L’Ain 1910-1925 de Rémi Riche – Chroniques de Bresse – 192 pages, 235 illustrations – 17€, dans toutes les bonnes librairies ou à chroniques-de-bresse@orange.fr



"Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j’ai pas fait trente mètres, que paf… une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l’ai fait exprès, que c’est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre. Mais non, je trouve rien de mieux que de lui cracher : « fais pas chier sale rougeaude » et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C’était puni par la loi du genre super sévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et des vrais comme on n’en fait plus."


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