Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde Hebdo 01 sur Facebook Flux RSS


Alexandrin, le dandy qui réunit BD et poésie


Un peu de douceur dans un monde de brutes. Voilà ce que propose la dernière bande dessinée de Pascal Rabaté, magicien des mots et Alain Kokor, dessinateur charmeur. Ensemble, ils ont créé un héros poétique et bouleversant : Alexandrin de Vanneville.

On pensait avoir atteint le sommet de la poésie déclinée en bande dessinée après « Abélard », de Régis Hautière et Renaud Dillies où un petit oiseau décide de sortir de son marécage pour « décrocher la lune » à sa belle. Mais voilà, à la fin août, si les aficionados du roman attendent, pour la plupart, le dernier Amélie Nothomb, ceux de la bande dessinée attendent la sortie du dernier Rabaté. Pascal de son prénom. Mais courons alerter les amateurs de poésie ! Car elle est retrouvée. Comme une éternité…



Paru aux éditions Futuropolis, « Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied » est une merveille du genre, des genres donc. Alexandrin, clochard de son état, poète de son esprit, parcourt les rues et les campagnes pour vendre sa production lyrique. Sa particularité ? Il ne s’exprime qu’en rimant même dans les situations les plus ordinaires. « Ce repas me déprime plus qu’il ne rime… J’aurais dû prendre du thon plutôt que du jambon ». 

Tout commence par une anecdote que le scénariste avoue avoir vécu. Un SDF sonne à sa porte. « Il m'a dit : "J'ai vu des œuvres d'art aux murs, vous êtes aussi de la partie ?". Je lui dis : "Oui, oui, je suis aussi dans la littérature, je travaille dans la BD." Il est parti en disant : "Ô, du commercial !" Je me suis dit : "Quelle belle histoire !" Mais je lui avais acheté deux poèmes », raconte-t-il à France Inter. Ainsi le lecteur rencontre le héros du reste de sa semaine : Alexandrin de Vanneville, poète itinérant.



Un jour, ce dernier croise la route de Kévin, adolescent fugueur, à qui il propose une sucette. « Tu ne serais pas un pédophile par hasard ? ». Le héros s’étouffe. « Non mais ça ne va pas !!! Sache-le, si attirance il y a, c’est vers la femme qu’elle va ! Je dis bien femme et non jeune fille, et si je mens que l’on me damne et qu’on me grille. » Kévin aime son « slam », Alexandrin sa compagnie. C’est décidé, il sera son « auxiliaire », lui apprendra la marginalité et la précarité tout en l’épargnant de l’insécurité et de l’obscurité. Ensemble, les voilà lancés dans un road-trip poétique.



Un rôle taillé pour le cinéma



Malgré le talent de Pascal Rabaté, « Alexandrin ou l’art de faire des vers à pied » ne serait pas ce chef d’œuvre sans le coup de crayon d’Alain Kokor. Habitué des univers mystérieux, le dessinateur parvient à créer un mendiant vagabond sous les traits d’un dandy fagoté d’une longue redingote à carreaux bleus. Allure, sentiments, actions, chaque dessin semble doux et triste, élégant et commun, délicat et sauvage.



Une ode à la liberté, à la tolérance, à la gaieté simple et aux petits plaisirs que la vie est toute disposée à offrir quotidiennement, ainsi que Rabaté avait habitué ses lecteurs dans « Les petits ruisseaux », en 2006. Une bande dessinée où l’on rencontrait Émile, un veuf retraité dont la vie paisible se résumait à des parties de pêche et des apéros avec son camarade Edmond. Lorsqu’un jour, il découvre la vie active de son acolyte quand il s’agit des femmes. Peintures, rencontres, thé dansant et pas seulement… Emporté brusquement par un arrêt cardiaque, Edmond laisse pourtant à Émile des envies de renouveau. Voilà le petit vieux parti à la reconquête de sa vie et des bonheurs simples. Parade amoureuse, rencontres étonnantes, solitude des aînés… Rabaté explorait aussi, avec classe et finesse, la sexualité du troisième âge.



Et lorsqu’en 2010, l’auteur de bande dessinée devenait réalisateur de son histoire, c’est le pointu Daniel Prévost qui endossait, incontestablement le rôle d’Émile. Ironie de l’Histoire, si Rabaté compte passer son « Alexandrin » devant la caméra, le personnage du modeste dandy bienheureux semblait taillé pour un grand Jean Rochefort…



« L’Ainvité surprise à Nantua », la BD locale



En juillet dernier, le Tour de France faisait escale dans l’Ain, à Nantua. L’occasion pour mettre en valeur le patrimoine du Haut-Bugey et pas seulement. Alors, Renaud Donzel et François Folliet ont eu l’idée de dévoiler les lieux qui leur sont chers dans une bande dessinée : « L’Ainvité surprise à Nantua ». Le speech ? « Arnaud, jeune parisien, passe son mois de juillet avec sa cousine Lilou chez leur grand-mère et grand-père, un ancien cycliste amateur et ex-propriétaire, à Bellignat, d’un commerce de cycles. Ils vont leur faire des surprises en visitant le département avec ses sites préférés et ses spécialités. »



Glacières de Sylans, parc des oiseaux, lac de Nantua… Il est plaisant de découvrir les lieux communs à travers les yeux du jeune parisien et sous les traits d’une bande dessinée. D’autant plus que les auteurs ont eu la bonne idée de mélanger quelques clins d’œil et autres photographies propices aux anecdotes locales. Bien que le travail de colorisation soit remarquable, les coloristes, comme trop souvent dans le monde du 9e art, sont passés sous anonymat.



Un bel ouvrage à offrir à des amis étrangers au département ou gourmands de le redécouvrir, bien que certaines planches intempestives destinées à flatter les mécènes contrarient la trame narrative.



Je me présente, Alexandrin de Vanneville, poète des campagnes et des villes. 

Par le vent et par la pluie, je survis en proposant ma poésie. 

Sachez cependant, madame, monsieur, que je ne prends pas les chèques et ne fais pas la carte bleue.


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire


Petites annonces


Les journaux partenaires

© 2013-2018 Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde • Tous droits réservés • Réalisation : Jordel Médias
Plan du siteMentions légales