Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde Hebdo 01 sur Facebook Flux RSS


Gynophobie : avez-vous peur des femmes ?


« Ensemble contre la gynophobie » est avant tout un manifeste pour que le mot « gynophobie » fasse son entrée dans la langue française. Antisémitisme, racisme, homophobie, islamophobie… Des mots en « isme » et en « phobie » pour décrire les discriminations et les violences faites à certaines minorités. Et pourtant, la plus grande « minorité » de l’humanité, représentant 51 % de la population, n’en possède toujours pas. « Gyné », en grec, définit le féminin tandis que « phobie », la peur, le mépris et le rejet. Paru aux éditions Stock, « Ensemble contre la gynophobie » regroupe 15 témoignages de personnalités, à lire et relire.

Depuis la sortie de l’affaire Harvey Weinstein, pas un jour ne passe sans qu’une annonce, une suspicion, une accusation, une révélation n’implique les méfaits d’un homme sur une femme. Le hashtag « balance ton porc » en a d’ailleurs fait bondir plus d’un. Un emballement médiatique qui aurait pu faire douter même certaines femmes quant au véritable combat du féminisme. N’est-ce pas plutôt de la galanterie ? Ne doit-on pas plutôt être flattées ? Devons-nous nous habiller autrement pour ne pas être embêtées ? Après tout, n'y-a-t-il pas d’autres combats plus importants que celui de l’égalité hommes-femmes ? D’autant plus que d’un point de vue français, moins concerné par les mariages forcés, l’esclavage sexuel ou encore l’excision, la lutte semble démesurée face aux faits.



Et puis l’ouvrage collectif « Ensemble contre la gynophobie » revient nous mettre une claque en plein visage. Sous la direction de Lisa Azuelos, actrice, scénariste, productrice et réalisatrice, notamment de « Comme t'y es belle ! », « LOL » ou dernièrement « Dalida », ce livre est un manifeste clair pour toutes les nouvelles générations qui ont envie de choisir si leur jupe sera courte ou longue. De décider si leur salaire ne s’équilibrera pas à leurs ovaires. De penser que les personnes anti-avortement sont droguées. De croire qu’au XXIe siècle, la société va évoluer et non régresser. De se révolter lorsque les réseaux sociaux suppriment une image de « L’origine du monde » de Gustave Courbet mais acquiescent la présence de l’ « Apollon » de Michel-Ange. D’espérer que jamais plus, une petite fille dans le monde ne sera violentée, torturée, violée ou coupée dans ses chairs simplement parce qu’à la grande loterie de la fécondation, elle a hérité de la féminité.



"Si les Femen sont un peu les Malcolm X de ce combat, comment pourrait-on en être les Luther King ? Car comme lui, j’ai un rêve…"



Benchetrit, Schiappa et Attali



À l’heure où certains politiciens sont plus formés à l’art de la rhétorique et au media training qu’au travail de terrain, où l’écriture inclusive bouleverse les idées conservatrices, et où il n’existe aucun mot pour décrire les maux féminins, quoi de plus politique que la langue ? En effet, alors que « zlataner » et la « routourne » de Ribéry ont fait leur apparition dans le dictionnaire, Lisa Azuelos, présidente de l’association « Ensemble contre la gynophobie », a lancé une plateforme artistique et un ouvrage en 2016 afin de créer un mot pour réunir toutes les violences faites aux femmes.



Et pour en parler, elle s’est entourée de défenseurs de moults origines. De Delphine Horvilleur, rabbin, à Isabelle Steyer, avocate spécialiste des violences conjugales, en passant par Lydia Guirous, des intellectuels, des journalistes et des auteurs racontent leur vision de la place de la femme dans nos sociétés ainsi que leur propre parcours.



Certains témoignages interpellent plus que d’autres, selon les ressentis de chacun, et de façon nettement subjective. Lorsque Samuel Benchetrit, fidèle à ses anecdotes dépeintes en détail dans ses excellentes « Chroniques de l’asphalte », ex-mari de Marie Trintignant et père de l’un de ces enfants, prend la plume, sa parole est à l’image de ses productions : simple et forte. Évidemment, le sujet, il le connaît, il s’indigne, se questionne. « On dirait un gros mot maintenant : féministe », s’inquiète-t-il.



Publié en 2016, le recueil contient également le message de Marlène Schiappa, qui deviendra en mai 2017, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Fondatrice du réseau « Maman travaille », elle s’adresse aux violeurs. Son écriture est libre, tranchante et même drôle. Elle décrit des situations qui sonnent comme des avertissements à l’affaire Weinstein. Un monde du show-business et de la politique qui ne tourne pas vraiment rond lorsque la féminité est présente. « Une responsable régionale de parti politique, une directrice de cabinet de maire, une secrétaire d’État… ont un jour été violées par un homme de pouvoir, médiatique, qui retire de force les pantalons des femmes entre deux selfies avec Malala », s’y insurge-t-elle.



On remballe le vieil oncle et on s’affirme !



Avec une vision plus froide, plus cartésienne et parfois glaçante, l’économiste Jacques Attali livre également son avis. Religion, Histoire, spiritualité, maternité, et même économie, il explique pourquoi, selon lui, les rapports femmes-hommes sont si compliqués et pourquoi l’homme, celui avec un tout petit h, se sent souvent menacé. Il y donne aussi sa prédiction : dans un siècle, le monde sera unisexe !



« Ensemble contre la gynophobie » est à placer dans toutes les mains, poilues ou vernis, récalcitrantes ou curieuses. D’abord parce que l’ouvrage est facile à lire, contrairement à la complexité de son sujet, aussi grâce aux dessins acides et dénonciateurs de Plantu. Et car sans tomber dans des postures réactionnaires ; il ne s’agit pas de détruire des droits acquis par les hommes mais de faire en sorte que ceux des femmes soient au même niveau ; lorsqu’une femme se pose ne serait-ce que ponctuellement cette question « serais-je dans cette situation si mon jean me serrait plus l’entre-jambes ? », tristement et véritablement, la réponse est souvent non. Et ce, du banal coupage de parole du vieil oncle à table à la main aux fesses en passant par le gentil et subtil mépris personnel ou professionnel.



Un livre qui permet à certains hommes de se rendre compte que les maux des femmes ne se cantonnent pas aux menstruations et à certaines femmes de ne plus rougir en affirmant « je suis féministe ».



Pour aller plus loin, sur le site www.nogynophobie.org, il est possible de participer à des projets artistiques de tout univers contre la gynophobie, de lire les dernières infos sur le sujet et de se renseigner sur les droits humains.


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire


Petites annonces


Les journaux partenaires

© 2013-2018 Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde • Tous droits réservés • Réalisation : Jordel Médias
Plan du siteMentions légales