Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde

L’homme parfait n’existe pas, certains s’en approchent un peu


En cette période de revendications féminines, ô combien légitimes, les hommes ont parfois perdu quelques-unes de leurs certitudes, si ce n’est de leur superbe. L’évolution est nécessaire pour une partie d’entre eux. Mais pas tous. Certains ont, depuis toujours d’ailleurs, des attitudes, des comportements qui sont fortement éloignés de ceux qu’on appelle les "machos". Ces hommes, Laurent, Henri, Clément ou Tomy par exemple, ont développé une personnalité avec des facettes dites féminines, bien sûr à tort. Fête des pères, mais aussi fête pour des hommes presque complets, à défaut d’être parfaits.

Des hommes, simplement des hommes



Nounou s’appelle Laurent !



Metoo ! Ben oui, quoi, moi aussi. Pas de raison qu’il y ait des secteurs, des professions réservés aux hommes. On est tous égaux. Super ! Sauf que, pour l’inverse… Laurent est bien trop réservé et pudique pour s’appesantir sur le sujet. Questionné, il consent à avouer : « ce n’est pas rentré dans les mœurs, ça ne va pas de soi. Quand je viens à l’école avec la poussette, y a des regards qui ne trompent pas. Je dérange. On me l’a dit par personne interposée. » Etre un homme et assistant maternel, en 2018, ça peut encore surprendre, voire choquer. « Y a des mamans qui le disent, "moi je ne laisserai jamais mes enfants à un homme, maître d’école ou assistant maternel". Elles ont des préjugés.» C’est sûr que les drames de l’actualité jouent contre la gente masculine. C’est peut-être pour cela aussi que, depuis 5 ans qu’il exerce, Laurent a gardé majoritairement des garçons. Peu de filles certes, mais la dernière en date l’appelle affectueusement "Nounou". Cela ne le gêne nullement, et cela prouve qu’un homme peut initier des relations "maternelles".



Au départ, ce n’était pas écrit que Laurent serait nounou. Après une formation de technicien de bureau d’étude, il ne peut continuer jusqu’au BTS car il ne trouve pas d’entreprise pour la formation en alternance. S’en suit alors une série de boulots précaires, inintéressants, éloignés, qui se termine par une période de chômage durant laquelle son 2ème enfant vient au monde. Très naturellement, il s’en occupe et les envies qu’il avait "derrière la tête" se trouvent confortées. Il a trouvé sa voie, son équilibre. Il suit alors la formation d’assistant(e) maternel(le), et, depuis 5 ans, exerce ce métier avec bonheur. « C’est sûr, je ne travaille pas comme une femme. J’ai ma manière de faire. Mais depuis le début, les parents sont reconnaissants de la qualité de mon travail. Aucun n’a été déçu. Il faut être patient, être à l’écoute des enfants, respecter leur rythme propre. Moi, le contenu et le rythme de mes journées me conviennent. C’est un mélange de plaisir et de travail ».



Clément, sage… femme



Au départ, on pourrait penser que c’est une drôle d’idée : exercer un métier féminin depuis la nuit des temps, qui s’est seulement ouvert aux hommes en 1985. Ce n’est pas pour autant que les hommes se soient beaucoup rués depuis dans la formation. Leur présence dans les pôles mère-enfant reste très marginale, peut-être à cause de salaires peu en relation avec le niveau d’études réclamé et les responsabilités exercées. Clément, en commençant sa première année de médecine ne savait pas qu’il deviendrait sage-femme. « Je n’avais pas spécialement cet objectif-là. Ma mère rêvait que je devienne sage-femme. J’ai écouté ses incitations, même si je n’étais pas sûr de persévérer. J’avais un peu peur, notamment de l’accouchement. Et c’est après la première naissance à laquelle j’ai assisté que j’ai su que c’était ma voie, même si, sur le coup je n’avais pas tout compris. C’est un moment sympa, émouvant, loin des moments dramatiques et douloureux que connaissent d’autres services. » Bien sûr, on se questionne sur l’accueil d’une sage-femme homme par les futures mamans. « En principe, cela se passe bien. Je fais le suivi prénatal, les échographies, et la salle d’accouchement. Il n’y a pas de gros problèmes, même à cause de la religion. Les femmes qui veulent suivre une ligne religieuse stricte, souvent n’accouchent pas dans le public. En tant qu’étudiant, je me suis trouvé confronté une fois à une sage-femme qui était farouchement opposée à l’arrivée d’hommes dans le métier. Sinon, certaines patientes disent préférer être suivies par un homme. Parfois, on reçoit des petites cartes de remerciement. Ça fait toujours plaisir de voir qu’elles ont été contentes de l’accompagnement ». Alors comment devenir une bonne sage-femme en restant un homme ? « Je crois qu’il faut savoir être à l’écoute, être patient, doux. À côté, je pratique des sports de combat. C’est peut-être pour compenser inconsciemment le côté féminin du boulot ». Le métier de sage-femme est le seul métier dit féminin qui n’a pas d’équivalence en nom masculin. À l’inverse, les métiers masculins ont dû féminiser leur appellation. Au lieu de sage-femme, on peut certes dire "maïeuticien" ou "maïeuticienne". Mais ce nom savant n’est pas rentré dans le langage courant. Alors Clément restera définitivement une sage-femme.



Le bonheur ? Il suffit de regarder les yeux des enfants.



Témoignage, sans commentaire, d’un papa divorcé en charge de la garde de sa fille. On l’appellera Henri, prénom d’emprunt. « J’ai été marié pendant 13 ans, et, comme beaucoup de couples, malheureusement on a divorcé. C’était en septembre 2013. Mes contraintes professionnelles, je suis gendarme, ne me permettaient pas de réclamer la garde de ma fille. Elle était encore petite, et je ne voulais pas casser la relation mère-fille, même si, avec ma fille, on était très fusionnel. On pratiquait beaucoup d’activités ensemble. On vivait dans le sud. Au bout de quelques semaines, mon ex-femme est partie dans le nord. Ce fut un déchirement. Je mène alors une vie de divorcé en m’investissant davantage dans le travail. Quelques mois après, ma fille m’appelle et me dit qu’elle veut vivre avec moi, et qu’elle ne sait pas comment le dire à sa mère. Grosse émotion, mais situation difficile à gérer ! Et, miracle, mon ex-femme me convoque quelques semaines plus tard pour me signaler qu’elle ne peut plus assumer la garde de notre fille, que c’est trop compliqué pour elle. Je suis heureux comme un pape. Je construis un dossier béton pour le juge, qui me confie alors la garde de ma fille.

Période suivante, je suis seul avec ma fille, et j’ai, si besoin, ma famille et des amis pour m‘aider. Je mets ma vie personnelle entre parenthèses, me consacrant uniquement à l’essentiel, le travail et ma fille. Au bout de 4 ans, je juge que la situation est stabilisée, et je souhaite reconstruire complètement ma vie. Je demande ma mutation et j’atterris dans l’Ain. Ma fille a bien intégré la situation. Elle a dû grandir rapidement. Elle est très évoluée, elle travaille super bien à l’école, elle est sportive, souriante, elle a de l’humour. Elle ne comprend pas forcément l’attitude de sa mère qui ne la prend pas autant qu’elle le pourrait. Aujourd’hui, j’ai une nouvelle compagne, divorcée elle aussi, avec un garçon. Notre famille reconstituée fonctionne très bien, chacun apportant beaucoup aux autres membres du groupe. C’est le bonheur, et pour s’en persuader, il suffit de regarder les yeux des enfants. »



Tomy, papa poule d’une petite fille handicapée



Élever un enfant est toujours une aventure. Quand on se trouve confronté dès la naissance au problème d’un handicap lourd pour son enfant, l’aventure prend une autre tournure. Les certitudes, si elles existent, tombent, et l’horizon ne dépasse pas le jour d’après. Laura est née myopathe, atteinte d’une dystrophie musculaire de type congénitale, diagnostiquée le lendemain de sa naissance. Tomy, son papa, a très vite compris quelle serait sa place auprès de sa fille. Son épouse, Sophie, exerce une profession qui la rend moins disponible que lui. De plus, les problèmes de portage allaient devenir petit à petit plus importants. Aussi, il s’est investi complètement auprès de sa fille. « Dans ma tête, les choses étaient claires dès le départ. On n’avait pas le choix de toute façon. Peut-être que j’ai une fibre plus développée que certains papas. Mais pour moi, c’est complètement naturel et normal ». Sa présence auprès de Laura est unanimement saluée. « Oui, on peut dire que je suis un papa poule. J’ai une relation forte avec Laura, même si il n’y a pas que son papa qui compte pour elle, et heureusement. Au départ, le regard des autres, une sorte de curiosité malsaine, me gênait, mais aujourd’hui, cela n’a plus d’importance ». Quid de l’avenir alors ? « On se pose des questions, notamment sur l’évolution de sa maladie. On souhaite qu’elle puisse arriver plus tard au stade de l’autonomie, qu’elle puisse se passer de ses parents. On essaie de lui donner toutes les cartes. La famille et nos amis ont créé une association pour nous aider à nous doter des matériels nécessaires. Laura a 10 ans, et tout devient plus compliqué, plus cher. L’équipement et l’agencement de la maison sont à revoir. L’association, c’est un sacré élan qui nous apporte aussi beaucoup de satisfactions personnelles. Cela crée des liens encore plus forts, plus durables ». C’est là que le dicton prend toute sa signification : ensemble, on va plus loin !


Twitshot
Commentaires

Pas de commentaire

Ajouter un commentaire

Imprimer     Fermer