Hebdo 01 - Pays de Gex - Bellegarde

Le plus beau métier du monde, malmené par les logiques économiques, a encore un bel avenir


  • Armelle et Tiphany,
infirmières libérales à Bourg-en-Bresse
  • Camille, 
infirmière au service réanimation 
de la clinique Convert à Bourg-en-Bresse
« Moi, plus tard, j’veux être infirmière, ou alors maîtresse ». Cette phrase, autrefois, était un leitmotiv dans la bouche des petites filles en évoquant leur avenir. Le métier d’infirmier fait-il toujours rêver ? La question est posée. Certes, la formation s’est adaptée aux contraintes universitaires et les débouchés seront de plus en plus nombreux. Mais dans une société où l’égocentrisme prend largement le pas, le don de soi inhérent aux métiers de la santé devient presque un anachronisme.

« C’est parce qu’on aime notre métier qu’on râle » ! Secret de polichinelle : la France a mal à sa santé. Moins de moyens humains et matériels, restrictions budgétaires, tâches toujours plus nombreuses, paperasserie envahissante, les plaintes sont connues à force d’être rabâchées. Mais ces constats ne traduisent que partiellement le quotidien difficile et parfois douloureux de ces femmes et de ces hommes qui n’ont qu’un but dans la vie : prévenir, guérir et soulager. Aujourd’hui place aux cadences infernales qui ramènent la part d’humanité indispensable à la relation soignant-patient à une portion congrue. Comme sur une chaîne de montage, les soignants doivent respecter un quota minimum de soins dans un délai imparti. Le montant des salaires, indigne du niveau de formation demandé, n’est même plus le grief qui remonte en premier. Désormais, c’est le décalage entre la vie des gens « normaux » et celle des soignants qui pose le plus problème. Travail de nuit et le week-end, vacances décalées, horaires à rallonge, heures supplémentaires quasi obligées…, ces contraintes s’avèrent lourdes, voire même trop lourdes lorsque le rapport à la souffrance vécue par les patients devient insupportable. Pas étonnant que la moyenne de « vie » d’un infirmier dans son métier est d’à peine 10 ans.



Un besoin important à venir pour des tâches diversifiées



Des études montrent que ce métier sera, à l’horizon 2022, en 3e position en termes de création d’emploi. L’allongement de la vie, les progrès rapides de la médecine et de la chirurgie, la préférence de l’ambulatoire aux séjours longs et coûteux, sont autant de facteurs qui contribueront au développement du métier. Il va falloir former et embaucher davantage dans les prochaines années. Il est donc nécessaire de redorer le blason d’une profession qui reste aimée et admirée du grand public, pour que les yeux des petites filles, et des petits garçons, pétillent à nouveau devant des blouses blanches. Si la lassitude et la fatigue existeront toujours après de nombreuses années de labeur, la diversification des pratiques permettra de trouver encore davantage de portes de sortie ou de voies parallèles. Il y a d’abord la recherche d’un job dans des domaines aux contraintes quelque peu allégées, comme la médecine scolaire ou du travail. Ensuite, il y a le passage au monde libéral dont le développement est spectaculaire. Mais, si cela permet de retrouver une certaine autonomie et une liberté de fonctionnement, cela ne diminue en rien ni les horaires pharaoniques, la moyenne du temps de travail y est de 53 heures par semaine, ni le poids pesant de la partie administrative. Ensuite, les infirmiers ont la possibilité d’évoluer hiérarchiquement vers des postes de cadre de santé, ou de se tourner vers des spécialisations. Cette voie mène à des métiers mieux reconnus et valorisés, comme les puéricultrices, les infirmiers de bloc opératoire, les infirmiers anesthésistes.



Leur vie au quotidien 



Ils n’ont pour la plupart que quelques années d’expérience derrière eux. Ils nous présentent leur vécu, avec le recul qui sied à leur métier, un métier qu’ils ont choisi et qu’ils aiment. Ça se ressent dans leurs paroles. À lire ou à écouter !



Camille, infirmière au service réanimation de la clinique Convert à Bourg-en-Bresse



« Après mon diplôme en 2016, j’ai tout de suite trouvé un CDI à la clinique Convert, en tournant sur 3 services : les urgences, le service réanimation et le service soins intensifs en cardiologie. Au bout d’un an, j’ai demandé à avoir un poste fixe en réanimation. Je fais 12 heures, de 6h 45 à 19h 35, maximum 4 jours par semaine mais jamais les 4 à la suite, et 4 week-ends sur 10. Je ne fais pas de nuit. Mon choix s’est orienté ainsi car j’ai toujours voulu travailler dans des services techniques, avec des situations d’urgence à gérer. En fait, je recherche l’adrénaline dans mon travail. Mais on est là autant pour les patients que pour les familles. On a été formé pour cela. La famille a un rôle primordial dans notre service. Elle est le repère pour le malade qui se réveille.



Être infirmière, c’est un choix, c’est aussi une vocation. Pour rien au monde, je changerai de métier. Le matin, je me lève et je me dis que j’adore ce que je fais. On apprend tous les jours. C’est peut-être pas le plus beau métier du monde, mais c’est le mien ».



Xavier, infirmier extra-hospitalier en psychiatrie au Centre Médico-psychologique d’Ambérieu



« Je travaille sur la stabilisation des patients pour éviter les rechutes et l’hospitalisation. Il s’agit de personnes adultes de tout âge qui ont des problèmes psychologiques ou psychiatriques. Dès ma formation, j’ai voulu œuvrer dans ce domaine. J’ai travaillé ensuite 4 ans à l’hôpital psy de Bourg. Puis, j’ai souhaité diversifier ma pratique professionnelle. À l’hôpital psy, on voit le patient en situation de crise, crise qui d’ailleurs n’est pas forcément violente comme les dépressions par exemple. J’ai voulu voir l’autre côté avec la stabilisation et le travail pour éviter les rechutes. C’est un vrai choix, je me retrouve complètement dans ce que je fais. Dans notre formation qui est très générale, il n’y a plus de spécialité psy. Aussi, j’ai axé une grosse partie de mes stages sur la partie psychiatrie. Grâce à l’universitarisation de la formation, maintenant on peut plus facilement reprendre ses études ou s’orienter vers des spécialisations.  Je collabore aussi avec l’IFSI du CPA dans la commission des « crédits » qui évaluent les étudiants à l’issue de chaque semestre, une façon de s’impliquer autrement ».



Armelle et Tiphany, infirmières libérales à Bourg-en-Bresse. Paroles mêlées.



« En tant qu’infirmières libérales, nos tâches sont très variées. Nous répondons quasi à toutes les demandes : du nursing (toilette, habillage), des soins techniques (pansement, piqûre, prise de sang, prise en charge diabétique…). Nous avons la chance de travailler avec l’Hospitalisation A Domicile (HAD) de Fleyriat et de Léon Bérard de Lyon. Cela concerne à 85% des soins palliatifs. Nos horaires de travail sont très élastiques et notre vie de famille en souffre quelque peu. Mais cela concerne toutes les professions de santé. Comme la politique nationale est clairement en faveur du développement de l’ambulatoire, cela ouvre des horizons pour notre profession. Mais dans le même temps, il est dit que le libéral coûte trop cher. Pourquoi avoir choisi la voie libérale ? Pour être honnête, on ne supportait plus la façon dont l’hôpital gère les patients. À l’hôpital, il y a la pression budgétaire, mais aussi la pression psychologique. Les pathologies deviennent de plus en plus lourdes. Il manque du personnel partout. Des hôpitaux débauchent des infirmières. C’est incroyable, mais il y a des infirmières au chômage. Au final, on aime toujours notre métier, le contact avec les malades. À un certain moment, partir ailleurs est une soupape, pour mieux revenir ! »


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