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Quand le Père Noël se fournissait dans l’Ain


  • "L’enfance est une main perdue dans les vieux coffres à jouets" Jean Royer, poète et écrivain québécois
  • Le musée du Jouet de Moirans-en-Montagne, dans le Jura, retrace l’histoire du jouet et regroupe près de 20 000 objets, dont 2000 sont exposés dans le parcours permanent.
Avant de remplir sa hotte à 80% en Chine, le Père Noël venait faire ses emplettes dans l’Ain. Poupons, baigneurs, poupées, hochets, culbutos, véhicules miniatures, locomotives, jeux éducatifs et d’imitation, de société ou d’adresse, de plein air… En plastique ou en bois, les jouets font partie intégrante de l’Histoire du département. On pense à eux avec nostalgie, on les achète avec envie et on les offre avec émotion. Un cycle qui dure depuis des décennies.

Pour certains, les cailloux polis des hommes préhistoriques servaient déjà de jouets, pour d’autres, il faut attendre l’Antiquité pour affirmer la présence de jouets pour les enfants. Hochets, crécelles, yoyos, clochettes… Les jouets antiques ont l’avantage de distraire les plus petits mais aussi de chasser les mauvais esprits. S’il est difficile pour les historiens d’avoir un avis tranché sur la naissance précise du jouet, tous s’accordent sur son développement incroyable au XXe siècle. Et ce, pour deux raisons. La première est sociétale : l’enfant, auquel on accorde une place familiale commune ou même secondaire, reçoit peu d’attention matérielle. Or, dès les années 1900, celui-ci devient peu à peu l’être choyé. Dès lors, la fabrication de ses jouets s’industrialise. Cela tombe bien, la seconde raison concerne le savoir-faire naissant de l’industrie française. Et tout particulièrement dans l’Ain et le Jura. Car en plus de s’être partagé les marchés du peigne et de la lunette, haut-bugistes et hauts-jurassiens ont longtemps partagé celui du jouet.



En 1850, on compte jusqu’à 150 tourneurs sur bois sur le secteur. Le buis, en abondance dans la région, développe artisanat et industrie. Avant 1940, ils sont encore 91 artisans et 15 industriels sur bois. Quilles, toupies, bilboquets, puzzles, cubes… Les jouets en bois sont produits en quantité industrielle. Notamment le jeu d’échecs dont la ville de Dortan devient la capitale grâce à son savoir-faire de buis tourné. Lors du championnat du monde d’échecs de 1972, en Islande, marqué par le « match du siècle » entre Spassky et Fischer, 17920 pièces sont commandées à l’entreprise Pichon-Vincent. Jules Barillot, dortanais, réalisera ses figures qui devinrent les plus répandues dans le monde. Le bois fait aussi recette du côté de Bourg-en-Bresse où l’entreprise C. Rollet d’Aromas installe en 1952, un atelier de bois au 55 de la rue de Montholon. Dominos, yo-yo, cerceaux, crécelles, poignées de cordes à sauter, meubles de poupées, jeux de dames, petit chevaux… Les jouets en bois font leur recette. Jusqu’à l’arrivée du celluloïd qui vient révolutionner l’univers du jouet.



Ainsi, dès 1947, Emile Maréchal et son associé Grassard, qui possèdent à Oyonnax une usine de soufflage du celluloïd, se mettent à fabriquer leurs premiers baigneurs, reconnaissables à la forme de leur mèche de cheveux et aux jambes bien raides à leur début. Aujourd’hui, ces premiers baigneurs peuvent se vendre à prix d’or sur le web.



Et la Plastics Vallée devint le berceau du jouet



Ils étaient dans la pipe ou la lunette mais bon nombre se mettent donc à la fabrication de jouets. Les établissements Convert – qui ont installé le premier banc de soufflage de poupées et jouets en 1911 et dont les modèles les plus célèbres se nomment Nano, Nani, Nanoum ou encore Nanouma – et l’entreprise Berchet produisent poupées et baigneurs, tandis que la société Falquet se spécialise dans la fabrication de jouets de plein air sous la marque Falk alors que la société Ecoiffier a pour principale activité la fabrication d’articles en celluloïd pour tirs forains…



L’âge d’or du plastique s’installe définitivement dans le bassin oyonnaxien. Les brevets techniques et scientifiques s’enchaînent, les jouets deviennent de plus en plus réalistes et accessibles. Le marketing naissant et le matraquage publicitaire nouveau provoqueront un enthousiasme national et un développement local incroyable.



Et si certaines industries du jouet ont depuis fermé définitivement le rideau à cause notamment de la concurrence asiatique, d’autres ont toujours le vent en poupe et profitent même de l’effet « Made in France ».



Alors, pour faire ses emplettes de Noël avec des produits 100% Ain, citons le cheval à bascule Fermob, le bien-nommé « Adada », tout droit sorti des ateliers de Saint-Didier-sur-Chalaronne, les jouets issus de la société Ecoiffier à Veyziat, comme les jeux d’imitation particulièrement proches du réel, ou la diversité des produits Falquet à Oyonnax, les fameuses voitures de Majorette Solido à Dagneux, les jeux et tapis de cartes de Vauchier-Playbox à Dortan ou encore les miniatures précises d’Eligor à Izernore…



Et les peluches dans tout ça ?



Les arctophiles en sont fadas ! Ces collectionneurs d’ours en peluche le savent : ceux sortis de l’usine de Divonne-les-Bains sont exceptionnels.



La Fabrique Artistique d’Animaux en Peluche (FADAP) ouvre ses portes en 1924. Les oursons sont vendus dans le monde entier jusqu’au années 70 où la mode n’est plus aux peluches. Avec un style particulier, un museau retroussé et un air fier, les nounours estampillés FADAP sont d’abord rembourrés de paille de bois puis de kapok et enfin de mousse plastique. Rouge, blanc ou bleu, avec trois ou quatre griffes par pattes, articulés ou non et avec des yeux de verre pour les modèles haut de gamme, les ours FADAP sont aujourd’hui de délicieuses madeleines de Proust pour bon nombre d’aînés.


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