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Réforme du Bac - Qu'en pensent les chefs d'établissement ?


La massification de l’enseignement



Contactés sur cet épineux sujet, les chefs d’établissements n’ont pas souhaité nous donner leur point de vue par « obligation de réserve » expliqueront les uns ou « en l’absence de texte officiel » justifient les autres. Un rapport qu’ils avouent pour certains avoir seulement « parcouru » et dont l’impact reste modéré sur la rentrée 2018. L’UNEF (union nationale des étudiants de France) craint surtout un renforcement des inégalités. « On sait déjà qu’il existe des inégalités entre lycées. Mais si en plus, il n’y a plus de diplôme national, au cours duquel les copies sont corrigées anonymement, ce qui remettait jusqu’ici un peu d’égalité entre les lycéens, on va vers un renforcement des inégalités. Selon le lycée d’où on vient, on sera plus ou moins facilement sélectionné à l’université. » Célia Garcin, professeur de lettres au lycée de la plaine de l’Ain à Ambérieu-en-Bugey et syndiquée à Sud Education, fait part de ses inquiétudes : « Les réformes sont nécessaires, annonce-t-elle en préambule, et mais leur but est d’empêcher les dysfonctionnements, non d’en créer. Or, les lycées aujourd’hui dysfonctionnent à cause des réformes. Le Bac a déjà beaucoup évolué et le constat global des syndicats est que le virage pris génère une massification de l’enseignement ». A savoir une augmentation des effectifs alors que les taux d’encadrement sont en baisse et que le cadre budgétaire est de plus en plus restreint. L’enseignante reproche également le fonctionnement pyramidal du gouvernement qui prend la température par des biais indirects, sans consultation de la base et du corps professoral. « La réforme du bac soulève beaucoup de questions non résolues et un problème d’organisation interne au sein des établissements ». Célia Garcin critique vivement par exemple le contrôle continu. « Notre fonction est d’enseigner, pas d’évaluer sans cesse ».



L’enseignante craint aussi que l’anonymat des élèves ne soit pas garanti, engendrant une tendance à la surenchère globale des notations, mais également un enseignement à la carte ou la mise en concurrence des professeurs, et enfin la remise en question de la monovalence, à savoir la formation d’un enseignant qui consiste à ne pouvoir enseigner qu’une discipline aux élèves. « L’enseignant pluridisciplinaire est un moyen de récupérer des postes ». Claire Krepper, syndicat SE-UNSA demande la création d’une nouvelle indemnité d’examen. D’après elle, les changements annoncés à partir de 2021 réduisent le nombre d'épreuves écrites en juin, alors que la correction est payée aux enseignants (5 € la copie, soit 150 à 200 € en moins). Interrogés à la sortie du lycée, les élèves sont peu bavards et semblent peu concernés. « On aura passé notre Bac dans son format actuel » déclarent-ils. Le bac n’est pas non plus la préoccupation première des collégiens pour qui 2021 est un futur lointain.


Le Bac, de l’élite à la masse

Depuis sa première session en 1809, le baccalauréat a beaucoup évolué. Instauré par Napoléon, le diplôme avait pour objectif initial de distinguer les élites. La première année, l’examen n’accueille que 39 candidats issus de la haute bourgeoisie, qui décrochent tous leur diplôme. Le baccalauréat affiche donc, au début, un taux de réussite impressionnant. En 1880, Jules Ferry, par décret, met fin au monopole du latin, de moins en moins usité, au profit de la littérature française et, dix ans plus tard, le bac devient unique, imposant un tronc commun grâce au “baccalauréat de l’enseignement secondaire". Entre temps, la "loi Ferry" a rendu obligatoire l'éducation primaire. L'école publique est laïque et gratuite pour tous. Ces nécessaires réformes aident à populariser un bac qui n'a jamais eu le nombre d'intéressés escomptés. Mais son succès relatif est surtout dû aux changements de société et à la nécessité de formations longues. Certes, les bacheliers sont en majeure partie issus de la bourgeoisie, mais de 7 000 en 1890, ils passent à 37 000 en 1926. En 1927, les programmes du secondaire féminin et masculin sont enfin unifiés : 66 ans après que Julie-Victoire Daubié a obtenu le baccalauréat, les filles sont enfin autorisées à passer l’épreuve.

Dans une étude publiée par le journal Le Monde, à l’examen de 2017, 380 000 candidats se sont présentés en filières générales, 140 000 en séries technologiques et 200 000 en filières professionnelles. Près de 88 % d’entre eux ont décroché l’examen. Plus nombreuses à se présenter à l’examen, les filles ont également un taux de réussite plus élevé que pour les garçons. À elles seules, elles représentaient plus de 53 % des admis toutes filières confondues et 56 % dans la filière générale. Ces dernières sont également celles qui décrochent le plus de mentions bien ou très bien. À l’inverse, les garçons étaient 10 800 à avoir été éliminés avant les rattrapages en 2015 contre 20 200 filles, soit deux fois plus.


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