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Violences conjugales : « L’intimité ne justifie pas tous les silences »


Il y a des chiffres plus cruels que d’autres. 109 féminicides ont eu lieu en France depuis le début de l’année. Une femme décède tous les 2,8 jours, victime de son conjoint. En 2017, de trop nombreux décès liés à des violences au sein du couple ont été recensés : 25 enfants, 21 hommes et 130 femmes. La même année, ce sont 84 000 hommes et 219 000 femmes qui se sont déclarés victimes de violences par un conjoint ou un ex-conjoint. Face à ces chiffres, un Grenelle sur les violences conjugales a été lancé le 3 septembre dernier. Jusqu’au 25 novembre, il sera l'occasion de faire connaitre les dispositifs existants, de prendre en compte les améliorations à apporter rapidement et de mettre en lumière les acteurs de la lutte contre ces violences. L'Ain n'est pas épargné. En 2018, 763 situations de violences intra-familiales ont été comptabilisées. Les victimes sont dans la majorité des cas des femmes. Appliquant la politique gouvernementale, la Préfecture de l’Ain a organisé des visites et des rencontres sur l’ensemble du territoire. Pascale Guillet, déléguée départementale aux droits des femmes, répond à nos questions.

Comment expliquer que l’on parle autant des violences conjugales aujourd’hui ?



C’est une Grande cause nationale du quinquennat, ça permet notamment d’avoir une communication sur tous les grands médias nationaux, comme par exemple, l’affichage du 3919 en haut à droite sur les écrans lors du lancement du Grenelle. Les Grenelles sont des éléments réels de prise d’informations, de paroles, de sensibilisations… La justice, les gendarmes, les personnels soignants sont déjà mobilisés, la politique publique est tenue mais c’est vrai que la société civile se mobilise beaucoup sur la situation des violences faites aux femmes, pas uniquement sur les violences conjugales, aussi sur le harcèlement en général. Il est sûr que l’affaire Weinstein a changé les choses.



Les dispositifs existaient, existent et existeront, ils s’améliorent, ils se coordonnent mais le fait que la société civile soit mobilisée et sensibilisée, ça donne une démultiplication de l’information, ça peut donner une force pour rompre le silence et l’isolement de certaines femmes. Psychologiquement, pour elles, c’est très important de savoir qu’on ne les juge pas. La sphère familiale est une sphère très intime, le fait que la société y soit sensibilisée, ça prouve que l’intimité ne justifie pas tous les silences.



Selon vous, quelle serait la mesure à prendre en urgence pour réduire les chiffres qui s’affolent ?



Les chiffres qui s’affolent sur le dépôt de plainte, j’en suis contente. Ça veut dire que la parole se libère, car je ne suis pas convaincue qu’il y ait plus de violences qu’avant. C’est un signe pour moi, hélas, d’évaluation positive : on sort du silence. Et lorsque les choses se dévoilent auprès de la gendarmerie et de la justice, les ¾ du combat sont faits, et le dispositif de protection peut se mettre en place.



Sur ce qu’il reste à faire… C’est tellement complexe. Bien que ça ne plaise pas beaucoup, peut être qu’il faut s’intéresser aussi aux auteurs. Je ne suis pas spécialiste, je suis fonctionnaire de politiques publiques mais comment les soigner, que faire pour que ces hommes ne soient pas ou plus comme ça… C’est à la fois très simple et très complexe, entre éducation et responsabilité. Le phénomène des violences conjugales, c’est, de toutes façons, très complexe, c’est une relation de couple, de deux adultes, ce sont aussi des problèmes de communication. Protéger les victimes fait partie de la loi, informer, concilier, et c’est l’essentiel ! Mais que faire pour que ça s’arrête, que la relation de couple ne produise plus cela… Il faut éduquer, pas que les enfants, montrer que la violence est répréhensible.



Non. Pour les structures associatives engagées sans doute, moi, je suis d’abord fonctionnaire. Il faut être pragmatique, capable de convaincre, d’évaluer, produire, imaginer. Il faut surtout être très pédagogue avant d’être féministe. Je conduis la politique du gouvernement, qui est celle de protéger les victimes, mais il y a aussi des interrogations sur les enfants, les auteurs, ce qui se fait ailleurs…



Quel est le premier conseil à donner à une femme dans cette situation ?



Dénoncer. Ce qui demande beaucoup de courage. C’est très facile à dire, mais il faut aller porter plainte et dénoncer, sans ça, on ne peut pas agir. C’est une démarche très personnelle pour ces femmes, il faut se mettre à leur place, ça veut dire qu’on abandonne tout, qu’on prend ses enfants, c’est compliqué d’accepter que l’on s’est trompé.



Il ne faut pas rester isolée. Il faut saisir les instances pour être prise en compte. C’est de la responsabilité de tout le monde. Qui ne connait pas quelqu’un qui ?



Mais à partir de quel moment doit-on s’immiscer dans cette sphère intime ?



Peut-être qu’il ne faut pas s’immiscer, il faut juste laisser trainer les bons numéros. Les gens sont adultes, ils choisissent ensuite leur moment, mais au moins ils ont l’information. Quand on est trop isolée, trop écrasée d’emprise, on n’écoute pas forcément. Il faut parfois juste laisser trainer des petits cailloux blancs, les bons numéros, ça aide aussi, même si ça ne parait pas grand-chose.



Les associations du département



L’AVEMA écoute, soutient les personnes victimes d’agressions, de vols, de violences, d’escroqueries, d’accidents à la circulation, d’agressions sexuelles. L’association couvre l’ensemble du département notamment pour l’accompagnement sociojuridique et le dépôt de plainte.



« Ni putes ni soumises » à Ferney-Voltaire et sur tout le pays de Gex assure aux femmes un accompagnement pluridisciplinaire. Un accueil de jour y est offert.



• Le centre d'hébergement et de réinsertion sociale "La Parenthèse" de Péronnas et "L'accueil Gessien" dans le Pays de Gex qui accueille en hébergement les femmes victimes. Une mise à l’abri assuré via le 115.



&bull CIDFF de l’Ain, à Bourg-en-Bresse et en permanence sur tout le territoire, donne des permanences juridiques notamment sur le droit social et le droit de la famille.



• La jeune association « Putain de guerrières » avec son message clair : « Partez, on s’occupe de l’après ».



• Un accompagnement renforcé des victimes est assuré par les intervenantes sociales en gendarmerie et police. Elles sont présentes dans les brigades de Montluel, Miribel, du pays de Gex, d'Ambérieu-en-Bugey et aux commissariats de Bourg-en-Bresse et Oyonnax



Pour en parler : 3919

• 3919, à disposition des victimes de violence, de leur entourage et des professionnels gratuitement et anonymement 7j/7

stop-violences-femmes.gouv.fr

• twitter : « Arrêtons-les »


Les chiffres 2018 de l’Ain

194 appels ont été pris en charge au 3919, soit 6 % des appels de la région Auvergne-Rhône-Alpes 

222 dossiers ont été ouverts à l’accueil de jour de « Ni putes ni soumises » à Ferney-Voltaire

763 situations de violences intra-familiales ont été comptabilisées

90 places sécurisées pour l’accueil des femmes en situation de violences


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